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A l’occasion de la fête du travail, les Services Chrétiens Stratégiques du Burkina Faso à travers cette réflexion, partagent leur vision sur la crise du travail au Burkina Faso, encouragent tous les acteurs à plus d’ardeur au travail et souhaitent bonne fête de travail à tous.

Le Burkina Faso traverse une grave crise du travail ces dernières années, aujourd’hui renforcée par le contexte socio-politique.

Dans le secteur public, cette crise se traduit par les multiples protestations et revendications, l’absentéisme et le manque d’intérêt pour le travail, la culture de la médiocrité, l’indiscipline, l’incivisme.

Dans le secteur privé, la crise du travail se résume par les difficultés de création d’entreprise, l’absence de protection des entreprises locales, le favoritisme à l’égard des amis, les proches et les multinationales avec un pillage organisé des ressources locales, le manque d’une stratégie de promotion et de protection de l’expertise locale. 
Sur le plan socio-économique, la crise du travail est caractérisée par le manque d’emplois, la désorientation des jeunes dans le choix des carrières, le manque de vocation, le manque de vision et de perspectives dans le choix des carrières, l’absence d’initiatives privées.

La crise du travail a d’énormes conséquences sur la vie de la nation et menace de disloquer davantage la société.

Au niveau social, la crise a pour corolaire la frustration et la révolte au sein des désœuvrés, la multiplication des actes d’incivisme, la perte d’autorité par les pouvoirs en place.

Elle a créé plus de clivages entre travailleurs (avec des travailleurs privilégiés et des travailleurs de second rang), instauré un sentiment d’injustice et une crise de confiance entre les différentes classes de la société.

Au niveau économique, la crise encourage davantage la fraude et la corruption. Les pertes financières et matérielles pour l’Etat sont importantes. Selon la revue « l’Economiste » qui cite l’institut Free Afrik, 68 grèves et sit-in ont été enregistrés en 2017, 41 grèves et sit-in en 2016, 16 en 2015 et 2014 (http://www.leconomistedufaso.bf/2018/01/22/revendications-sociales-68-greves-sit-in-2017/). Les pertes financières s’estiment à 75 milliards de francs CFA entre 2016 et 2017.

Le blocage de l’administration, la fraude et la corruption contribuent à la faible productivité, l’affaiblissement des différents secteurs d’affaires et au ralentissement de l’économie.

Au fond de cette crise, l’argent est devenu la seule motivation au travail. Tandis que les travailleurs tendent à accepter tous les compromis pour l’argent, les pouvoirs publics et les patrons essaient de réduire la clameur par l’entremise de l’argent. Malheureusement, pris comme source de motivation, l’argent ne fait qu’augmenter la déperdition des valeurs morales et de la dignité.

Les causes profondes de cette crise du travail sont entre autres la faillite de la cellule familiale, première entreprise sociale et économique ; la perte des valeurs morales et spirituelles au moment où l’argent est le mieux prêché dans les chapelles ; la crise de l’éthique du travail ; la mauvaise vision du travail ; la cupidité et l’égoïsme ; l’injustice sociale ; le manque d’exemple et de modèle ; l’absence de formations appropriées ; la vente d’illusions à la jeunesse ; les ambitions démesurées et le désir de tout posséder maintenant ; l’absence de coaching et de mentoring.

Bref, la crise du travail se justifie par notre vision erronée du travail. 
Sur un plan social et psychologique, le travail est une nécessité qui permet à l’homme d’avoir un revenu pour satisfaire ses besoins vitaux et se sentir en sécurité. Il permet aussi à l’homme d’appartenir à un groupe social donné, de s’intégrer dans un environnement, de satisfaire son estime de soi en prouvant ses talents et compétences par des actions valorisantes et se réaliser.

Dans la perspective chrétienne, le travail est une vocation divine, un mandat donné à l’homme. La chose la plus évidente que Dieu a donné à l’homme à la création, c’est le travail. Dieu établit l’homme dans un jardin et l’instruit de l’entretenir. En entretenant le jardin qui était son cadre de vie et son entreprise de subsistance, l’homme prenait soin de lui-même.

Etres, créés à l’image du divin, le travail est l’œuvre de Dieu en nous. Nous travaillons parce qu’Il travaille en nous. Le travail est un saint appel, un sacerdoce qui nous est fait. L’Apôtre Paul ne dit-il pas entre autre : « Que celui qui refuse de travailler, renonce aussi à manger ! ».

Dans cette perspective, l’individu et la famille constituent les pierres de base de construction de la société. La famille reste le cadre de base d’initiation et d’apprentissage du travail. C’est là que l’on développe l’amour, la passion et la discipline pour le travail, l’éthique du travail, les facultés de communication, l’esprit d’équipe dans le travail, les facultés de gestion et d’administration et le caractère, qui nous serviront plus tard dans nos carrières et professions diverses. Quand la famille échoue dans cette mission, l’individu ne saurait acquérir ces valeurs à travers d’autres cadres. Les institutions académiques offrent une formation d’ordre technique et intellectuel ; notre cœur, notre âme et notre vision se forment dans le contexte familial.

C’est aussi au sein de la famille que s’organise le transfert des valeurs et principes aux générations suivantes. L’absence de transmission générationnelle par le canal familial a une influence considérable sur les facteurs économiques d’une nation. Les familles saines engendrent des enfants sains qui permettent une société productive. Par conséquent, les lois qui affaiblissent la famille affaiblissent la nation. C’est la raison pour laquelle l’institution familiale doit être préservée avec le plus de précaution possible.

Les racines déterminent les fruits. Les fondations sur lesquelles repose le travail déterminent la crise du travail. Ce principe renvoie aussi à la loi des semailles et des moissons. Nous récoltons ce que nous avons semé. Si nous voulons un changement, nous devons revoir notre semence actuelle dans l’intérêt des générations futures mais pas dans l’espoir de jouir des fruits maintenant. Le livre des Galates le dit clairement : « Ne vous trompez pas vous-même on ne se moque pas de Dieu. L’homme récoltera ce qu’il aura semé ».

Quelques principes fondamentaux doivent guider notre action et notre motivation au travail.

Le service est la source de motivation au travail : Nous travaillons pour servir les autres et la nation toute entière. Cela justifie les énormes sacrifices concédés par nos pères, ceux qui ont bâti cette nation pour que nous l’héritions. 
Le travail est au service de l’homme et non l’homme au service du travail comme le prêchent certaines écoles ou théories économiques. Le travail aide l’homme à s’épanouir et à se réaliser tout en étant au service des autres.

Le travail se construit et se transmet de génération en génération : Nous devons léguer des valeurs du travail (amour, sacrifice, discipline, respect de l’autorité, etc.) aux générations qui viennent. Les plus jeunes nous observent, et s’inspirent de cela comme modèle de construction et de valeur d’action.

Le contentement nous évite la course à la prospérité matérielle par les chemins raccourcis : Dans notre société de consommation, plus on possède, mieux c’est, et le bonheur serait lié à l’acquisition de biens. Dans le livre de 1 Timothée, il est écrit : « Si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira. » Notre culture pense plutôt que : « Si tu peux t’offrir la meilleure nourriture, de beaux habits à la mode, une nouvelle voiture de luxe et une belle maison dans un quartier résidentiel, alors tu auras accès au bonheur. »

L’apôtre Paul affirme : « Car j’ai appris à me contenter de l’état où je me trouve. Je sais vivre dans l’humiliation et je sais vivre dans l’abondance. En tout et partout, j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette… » 
Se contenter n’est pas une qualité innée mais un apprentissage.
Le contentement, c’est accepter d’un cœur paisible ce que nous possédons, qu’il s’agisse de notre vocation, de notre position dans la vie ou de nos finances, en comptant sur la bonté et la fidélité de Dieu.

L’excellence est le résultat d’un processus : Ce processus se développe dans la discipline, la maitrise de soi, la patience, la tempérance et la douceur. 
Pouvoir sacrifier notre orgueil sur l’autel de l’évaluation de nos actes, nous rend efficaces dans notre travail : Il faut tirer parti des évaluations et ne pas se mettre sur la défensive. Lorsque l’atmosphère de travail est de nature défensive et accusatrice, la croissance s’arrête. Ce type d’atmosphère sape la productivité.

Un bon gouvernement (personnel, familial, communautaire, économique ou politique) produit la vie, la prospérité et l’efficacité. Il donne une vision, stimule la croissance générationnelle, produit la justice et la liberté, y compris dans le domaine du travail.

Bonne fête du travail à tous.

Les Services Chrétiens Stratégiques du Burkina Faso
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